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Takana Zion : Few Words, mais une fidélité au pouvoir qui fait du bruit . #TakanaZion

il y a 1 minute
3 min de lecture

ibune — Avec trois nouveaux albums et un concert offert au public par les autorités, Takana Zion remet sa musique au premier plan. Son soutien à Mamadi Doumbouya pose pourtant une question : jusqu’où un chanteur engagé peut-il suivre un homme sans affaiblir sa liberté de parole ?

Takana Zion revient avec Few Words, Black Mafia 10 : Rakititi et Black Mafia 11 : Turbulence, sortis le 2 octobre 2026. Soulbeats Music présente Few Words comme un retour aux racines du reggae, avec Warrior King sur le titre éponyme. Mais cette sortie musicale s’accompagne d’un débat que les nouvelles chansons ne peuvent pas effacer : celui de la proximité du chanteur avec Mamadi Doumbouya.

akana Zion revient avec Few Words

Le concert du 2 octobre au stade Petit Sory donne à cette proximité une traduction concrète. Selon Plumeguinee, Takana Zion a annoncé en conférence de presse que le gouvernement avait racheté les tickets afin de rendre l’entrée gratuite. L’artiste a remercié le président. Véracité Cachée rapporte, de son côté, que Doumbouya a racheté l’intégralité des billets pour offrir le spectacle à la population.

Pour le public, la gratuité représente un avantage évident : pouvoir assister au concert sans payer son entrée. Politiquement, elle soulève une autre question. Quand le pouvoir prend en charge les billets d’un artiste qui lui proclame sa fidélité, comment ce dernier entretient-il la distance nécessaire pour le critiquer ?

Cette fidélité, Takana Zion l’a exprimée sans détour. En août 2023, Guinéenews rapportait sa déclaration : « Je vais soutenir Mamady Doumbouya jusqu’à ma mort. » Dans la même intervention, il défendait son engagement, affirmait agir pour les Guinéens et rejetait les accusations de mendicité.

C’est justement cette promesse de soutien jusqu’à la mort qui dérange. Un dirigeant doit pouvoir perdre la confiance de ceux qui l’ont soutenu. Ses décisions, ses résultats et le respect de ses engagements doivent rester discutables. Quelle valeur conserve la critique si la fidélité est annoncée d’avance pour toute une vie ?

En août 2026, Le Révélateur224 rapportait encore des propos dans lesquels Takana Zion félicitait Doumbouya et l’encourageait à poursuivre le « nettoyage » de son entourage. Le journal lui attribuait cette phrase : « Nous avons renoncé à nos carrières à l’international pour vous suivre ». Une déclaration qui place le président au centre de son engagement public.

akana Zion revient avec Few Words

Or, Doumbouya lui-même a rompu un engagement majeur. Reuters rappelle qu’il avait promis, après sa prise de pouvoir en 2021, de ne pas se présenter à la présidentielle. Il a pourtant déposé sa candidature en novembre 2025, après un changement constitutionnel permettant sa participation. Il a ensuite été investi président le 17 janvier 2026, selon Associated Press.

Voilà un sujet sur lequel une voix engagée devrait pouvoir interpeller le chef de l’État. Chanter la dignité et la justice engage aussi à demander des comptes à celui que l’on admire.

La musique de Takana Zion mérite néanmoins d’être examinée pour elle-même. Dans sa critique de Few Words, Reggaeville relève la spiritualité rastafari, les références à la résistance contre l’oppression et les collaborations avec Warrior King, Xuman et Aza Lineage. Quant à Black Mafia 11, sa liste de morceaux comprend « General Doumbou ». Ce titre s’inscrit dans une actualité déjà marquée par les prises de position politiques du chanteur, sans suffire à résumer le contenu du disque.

Le problème posé ici dépasse donc la qualité des albums. Il concerne la place que Takana Zion veut occuper dans le débat public. L’image du « griot du président », employée comme critique politique, vise cette fidélité personnelle qui risque de prendre le pas sur la liberté de contester.

Il serait excessif d’en conclure que tout le reggae guinéen a abandonné le peuple. Mais le choix de Takana Zion mérite une discussion franche : son engagement laisse-t-il encore la possibilité de dire au président qu’il se trompe, qu’il déçoit ou qu’il doit respecter sa parole ?

Un artiste reste libre de ses convictions. Le public reste libre de les juger. Et dans la conception du reggae engagé que défend cette tribune, servir le peuple exige de garder cette liberté essentielle : pouvoir rompre avec un homme, même après l’avoir applaudi.


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